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Lettre ouverte

lundi 9 avril 2018 par geoffrey dewaegeneire

Lettre ouverte à la communauté éducative, aux parents d’élèves et à nos jeunes collégiens,.

Ce n’est pas seulement en tant que chef d’établissement que je vous écris. C’est aussi en tant que maman et ancienne professeure d’EPS.

Depuis 40 ans, j’observe comment notre institution, l’Éducation Nationale, prend conscience du harcèlement et met en œuvre, pas à pas, des moyens humains pour l’identifier et le traiter au cas par cas.

Car le harcèlement n’est pas commun. Il s’exprime en réaction à notre histoire personnelle : il est toujours un mélange de faits et de ressentis. Par définition, le harcèlement est profondément intime. Si avoir été harcelé nous aide à mieux entendre une douleur ; jamais il ne nous permet de la comprendre à la place de l’autre.

C’est pourquoi, lorsque j’ai découvert que la lettre d’un de nos jeunes collégiens - qui avait fait le premier pas, le plus dur, celui qui consiste à écrire son intimité, sa souffrance - avait été publiée à son insu, j’ai éprouvé de la colère, de la stupeur et finalement un sentiment de profond gâchis.

De la colère contre la mécanique infernale des réseaux sociaux où chacun s’autorise à des commentaires déplacés quand ils ne sont pas racistes ou qu’ils n’appellent pas à de la violence gratuite sans même prendre le temps de remettre en question la source de l’information.

De la stupeur face à la négation de notre travail et de notre implication au quotidien alors même que nous avons pris en charge cet élève dès la rentrée scolaire ; jour où je l’ai accueilli avec son père pour écouter son histoire et établir un protocole de suivi.

Un sentiment, profond, de gâchis, pour le travail accompli par nos enseignants en lien avec la CPE, la vie scolaire et notre pôle médico-social. NON, nous n’avons pas découvert sa personnalité le 29 mars « grâce » à Twitter. Il était déjà suivi tant au collège qu’auprès de ses parents. NON, nous n’avons jamais été alertés sur un possible harcèlement. OUI, nos 630 collégiens connaissent nos professeurs, nos éducateurs, notre personnel administratif et nos conseillers. Ils savent qu’ils peuvent leur parler à tout moment en toute confiance de leurs problèmes. OUI, au collège Paul Bert nos équipes sont formées pour prendre en charge le harcèlement, notamment en appliquant la méthode PIKAS. Hé OUI, nous avons appris en même temps que ses parents qu’il se sentait harcelé. Est-ce que nous aurions pu mieux faire ? Bien sûr, comme tout un chacun et ne voyez pas là un moyen facile de me défausser de mes responsabilités que j’assume en mon nom et celui de la communauté éducative.

Mais dans les faits, qu’avons-nous observé ?

De septembre à la Toussaint, cet élève fait l’objet d’une attention particulière. Une référente lui est spécialement dédiée. Nous rencontrons et échangeons avec la famille plusieurs fois. Après la Toussaint, ses notes remontent. Il semble s’être intégré. On le voit jouer régulièrement dans la cour.

Fin janvier, il rencontre de nouvelles difficultés. Nous remettons en place un suivi, toujours en lien avec la famille.

Et finalement :
• Mercredi 29 au soir, le jeune garçon dévoile à son père, par écrit, sa souffrance ;
• Jeudi 30 matin, son père nous contacte : un rendez-vous est fixé.
• Jeudi 30 après-midi, la lettre de l’élève est publiée. Nous apprenons plus tard que sa sœur y a été autorisée par sa mère et qu’une plainte a été déposée contre les enfants nommés.
• Vendredi matin, « l’affaire » est sur toutes les lèvres de nos collégiens et de nos enseignants. Nous recevons pendant 3 heures les parents de l’élève avec sa sœur tandis que ce dernier est accueilli par notre psychologue, notre assistante sociale et notre infirmière pour essayer d’atténuer « l’impact » des réseaux sociaux. Parallèlement, nous commençons à recevoir les parents des enfants mis en cause sans pouvoir leur apporter de preuves de la réalité des faits.
• Vendredi à 12h00. Nous convenons qu’il est désormais impossible de mettre en place un nouveau protocole spécifique au harcèlement. Trop de violences et d’attaques ont été portées sur la place publique. Je ne suis plus en mesure de garantir la sérénité – indispensable – au processus de libération de la parole. En accord avec les parents, nous décidons qu’il sera pris en charge dans un autre établissement tandis que nous conduirons dès mardi une enquête pour établir les faits et sanctionner, s’ils sont avérés, les auteurs de harcèlement.

Voilà ce que je souhaitais vous dire, à vous tous, sans doute de manière peu protocolaire, loin d’un communiqué factuel, mais avec sincérité, avec mes mots et mon émotion.

Mme Dubois, Principale


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